Peigneurs de comètes

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9 octobre 2016

« La vie d’après » de François Friant / Chronique de MAXIMILIEN FRICHE sur « Mauvaise Nouvelle »

Classé dans : Divers & Retours critiques — bernardlherbier @ 20 h 41 min

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Comment faire une recension sur un recueil de poèmes ? C’est impossible. Avec un essai, notre glose nous pousse à faire de l’essai sur l’essai. Avec un roman, on se met à raconter et on fait de la narration sur la narration. Mais avec un recueil de poèmes, on ne peut tout de même pas faire du poème sur du poème. Il devrait suffire de se taire. Tout commentaire, toute critique se fourvoie dans l’erreur. Mais puisque nous nous sommes fixés la charge de conférer un lieu à l’écrit, j’accepte, non pas le défi, mais le sacrifice de me tromper en vous parlant mal de ce que j’ai aimé pour vous le faire aimer.

La vie d’après est le recueil de poèmes d’un homme qui se sait mortel, qui se sait déjà mort, fatigué par ceux qui se croient encore vivants. Le poète s’appelle François Friant et il s’agit d’un homme qui veut célébrer le poème sur les cendres d’une littérature qui n’a su être qu’horizontale. L’enjeu du poète est bien de se tenir debout, vertical, d’être capable de se relier.

« Volutes, Volutes sculpturales, Inachevées mais pures De celles qui condamnent la littérature »

Et voici l’avertissement du poète au gloseur, à l’essayiste, au journaliste, au romancier : « Mais je vous préviens, cette discussion partira en fumée, je ne renoncerai pas à ma solitude ». Il ne renonce pas à son puits, à sa source, nous sommes extérieurs, nous sommes l’extérieur. Le poète a besoin de pèlerinage. La vie intérieure lui permet de disposer de ce lieu de pèlerinage en lui. Ecrire, lire, prier, chanter, en se faisant poème. L’homme dit qu’il vient de l’intérieur, qu’il y retourne chaque fois que nécessaire. Si le poème est la célébration de la vie intérieure, alors le poète nous rappelle l’importance de la solitude, du silence et de savoir contempler. Ces réflexions me rappellent étrangement ce papier que j’avais confié à Alain Santacreu pour l’ouvrage collectif Du religieux dans l’art, il s’appelait : De l’art de dissimuler une prière ? Laisse-moi demeurer chez moi cette nuit dit le poète, laisse-moi y planter ma tente.

Dans un dialogue imaginaire, le poète lance : « Je suis un fanatique, une bête céleste et prosaïque, pareille à un saule pleureur » (…) « je suis celui du désert, vide comme le sublime » Voilà qui fait éclater de rire l’autre. L’interlocuteur n’a jamais entendu quelque chose d’aussi idiot. Il faut dire que le plein rend suffisant. Et personne ne peut prétendre être un poète sans oser flirter avec le ridicule. Faire de sa chair du verbe expose nécessairement au ridicule. Le seul sacrifice du poète est bien celui là, de paraître ridicule, de paraître. C’est parce que la poésie n’est pas chose intellectuelle, elle a à voir avec l’incarnation. « Fuyez ! Fuyez ! Liez vos membres à la rime ! » Car l’âme où puise le poète connait le corps. L’un ne va pas sans l’autre puisqu’il s’agit de faire de sa chair du verbe.

 « La douleur se fait frontière entre l’espoir et le désespoir, où l’homme se fait vivant parmi les morts. »

Etre incarné, en avoir conscience, c’est également habiter sa future mort. « Je ne suis au grand jour qu’une mort incarnée » Comme il est important de se savoir déjà mort, cela permet d’en revenir, de transformer en un regard toutes les habitudes des hommes en vanité, en temps perdu. François Friand parle de la vie d’après la conscience de la mort, la vie d’après l’annonce de la mauvaise nouvelle en quelque sorte, et cela m’arrange aussi.

Une fois tout dit, tout écrit, une fois sa chair faite Verbe, une fois déjà mort, une fois être revenu de la mort, le poète se lance et se dit que l’important serait d’appartenir

« L’important, en tout temps, est bien d’appartenir Appartenir à quoi ? – Appartenir au jour (…) je n’appartiens à rien, ou peut-être à l’ennui »

François Friant appartient à son poème, il fait corps avec son poème. C’est en écrivant que l’on peut se voir incorporé au Verbe. Vertical, le poète s’étire comme si chaque vers était un réveil.

« L’être que personne ne connaît, Et qui tend vers le ciel »

Achever ce papier « impressionniste » sur la poésie de François Friant par le silence, le silence qui suit le cri d’Artaud sur l’être, le silence qui précède toujours Schubert. Se l’imposer. Comment reprendre ma vie après la lecture de la vie d’après ? Comment renouer avec la parole qui dit toute chose fausse ? Comment continuer sans retomber en littérature ?

29 octobre 2014

Annie Van de Vyver, « Veilleuse fragile » (Recours au poème)

Classé dans : Divers & Retours critiques — bernardlherbier @ 21 h 33 min

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par : CAROLE MESROBIAN  

               Recension de Carole Mesrobian pour « Recours au poème ». ___

Une somme d’agencements de textes ponctués par les toiles de l’auteure, reproduites en couleur sur papier brillant ; des vers courts qui se succèdent ; de la prose dont le lecteur pressent que l’allure poétique sera dévoilée à la lecture ; un paratexte foisonnant. Tel est l’abord de Veilleuse fragile, dont l’extrême délicatesse s’impose dès avant la lecture. La  photo de couverture n’est pas étrangère à cette première impression. Elle donne à voir une toile d’araignée imprégnée de rosée, tendue sur la branche d’un épicéa dont les épines naissantes affichent un vert tendre printanier. Outre la symbolique de cette saison chantée par les poètes de toutes époques, la polysémie du signifiant « toile » se laisse deviner. La minuscule araignée qui se trouve en son centre affiche sa chétive apparence. Ainsi sont dés l’avant texte évoqués l’impermanence et le caractère éphémère de toute chose.

Le caractère allégorique de cette iconographie est d’emblée soutenu par l’incipit dans lequel le pronom personnel de la première personne du singulier est assumé par le poète, qui, dés les premiers vers, s’adresse à l’être aimé et perdu. Ainsi  « Nous », second texte du recueil, dit sur un ton lyrique qui sous-tend toute la modalité énonciative du recueil, la perte de l’être aimé et l’impossibilité de la rencontre.

« Nos deux mondes se parlent, s’effleurent et puis se   frôlent,   sans jamais se toucher, comme si nos deux corps   se refusaient à l’autre,   perméables à l’esprit, se jouant sans compter   du ciel et de la terre, du tréfonds des enfers   aux clés du paradis.   Hésitant à tisser une toile entre nous,   Sur l’écrin de nos peaux craquelées de désirs,   le voile de la pudeur habille tout,   l’espace de nos cœurs orphelins des amours disparues.   Je vous embraserais, si vous laissiez mon nom   fleurir sur vos lèvres.   Je vous embraserais sur les champs de l’amour,   si vous lâchiez vos guerres et vos serments   perdus .   Je vous caresserais, bien lovés peau à peau,   si vous vouliez quitter vos armoiries dorées ;   Tous les bruits de fureur cesseraient dans l’instant   et nos nuits sans non-dits seraient notre présent.   En silence et sans armes, nos temps   s’accorderaient. »

Les errances inhérentes aux vicissitudes de la passion amoureuse sont sublimées et la solitude qui se fait jour dans les lignes des textes des dernières pages semble être la conséquence de cette impuissance face à la rencontre. Le poète dit alors sa résignation. Précédant « solitude » dont les premiers vers disent la détresse de l’isolement subit mais assumé, « Epaulant ma solitude/Comme on épaule un fusil/Sans même savoir viser…», « Hôtel des oubliés » offre au désespoir un lieu où l’on ne l’a jamais aussi magnifiquement dessiné dans l’évocation lourde et profonde de l’abdication face au destin :

« L’écume du mystère   La fille de papier   Le désespoir des anges   Harmonie d’oubliés   Elégance des louves   Des anecdotes fluides   Monologues de sourds Œuvre de l’araignée   Morale d’égoïstes   Dans le bonheur des bulles   Magasin de soleil   Du siècle des cylindres   Chapelle des murmures   Où vogue l’écureuil   Où rêve le cyclope   Où s’exécute l’encre   Création de mon père   Honte de l’escargot   Ténèbres de vampire   Fantômes d’allumettes   Force de mes tempêtes   Dans la gueule du loup   Et l’anneau de l’absent … »

Le lyrisme soutient le caractère diégétique de la progression sémantique. L’énonciation à la première personne du singulier qui s’adresse à l’être aimé et dit l’impossibilité de le rejoindre dans un amour unifiant fait place à la solitude et à la renonciation face au constat de la difficulté d’aimer.

Mais si Veilleuse fragile met le genre lyrique à l’honneur, c’est un chant des sentiments dédié à la modernité que le lecteur y découvre. Cette évolution générique est motivée par la forme non protocolaire des textes. Le vers ni la strophe ne se moulent dans une métrique consensuelle, la rime est motivée par le niveau sémantique. Le poète n’use qu’avec parcimonie des figures de répétition, à valeur incantatoire, tant employées par les romantiques. Ainsi, malgré l’omniprésence de la thématique amoureuse associée au genre, Annie Van de Vyver crée un recueil intimiste qui invite le lecteur à recevoir ses mots comme une confidence. Grâce à l’invention formelle mais également en employant un lexique appartenant au vocabulaire courant, elle nous convie à partager ses émotions et ses états d’âme.

Est-ce à dire que l’intégralité du recueil se décline ainsi ? Des indices invitent à chercher plus avant pour saisir l’intégralité du propos de l’auteure. Tout d’abord, le caractère résolument moderne des toiles de l’artiste, qui ne concède rien à la mimésis et rejoint dans l’épanouissement des couleurs et des formes l’expression d’une subjectivité déjà incontournable lorsque l’on pense au lyrisme. A nouveau au moyen de ce vecteur qu’est l’art pictural Annie Van de Vyver nous incite à entrer dans son univers. Les tableaux sont donc le reflet exact des impressions entonnées aux textes, et les titres qu’ils chapotent entrouvrent la porte sur une interprétation dans laquelle celui qui regarde a toute latitude de déployer son propre univers. Et même si, bien sûr, toute réception sous-tend cette notion d’appropriation de l’œuvre, Veilleuse fragile offre au lecteur un miroir si limpide qu’il y peut admirer l’exact tracé des contours de son âme.

Enfin, l’épaisseur du propos est encore suggérée par l’omniprésence du paratexte. Des épigraphes, référencées de manière signifiante, et dont les attributions soutiennent les textes qui proposent une réflexion sur le caractère propre à l’écriture poétique, se déploient en début d’œuvre et à l’orée de quelques poèmes. Un regard réflexif sur la création  jalonne ainsi les pages du recueil. Il ne s’agit pas d’un discours théorique, mais, sur le ton de la confidence, le poète livre l’expérience de son aventure à l’écriture. Ainsi ces quelques lignes en prose qui surmontent une toile de l’auteure, « Nouvelles du silence » :

« J’écris en vain, comme je donne du sang, en plein dans le mille du cœur, en vers et contre tous, pour faire taire le silence de mes zéros de cœur »

Ou bien ces vers de « Poésie » :

« La poésie, c’est quoi,   C’est qui ? Pour quoi ? Pour qui ?   C’est offrir à la plume,   C’est faire cadeau à l’encre   De tempos et de rythmes,   D’odes et des silences   De toutes les couleurs,   De chants d’un arc-en-ciel   Un gris matin d’hiver,   D’un coucher de soleil   Pris en flagrant délit,   Tout rosé, tout rosi ;   Des émotions qui peinent,   Des sentiments qui rient,   Des mots qui s’entrechoquent,   Des pauses qui soupirent,   Des rondes qui s’accrochent,   Mélodies en délire,   Doux sourires fragiles   Etoilés comme espoir   Des lèvres, îles lointaines,   Des mains comme des fils   Qui soutiennent la vie,   Qui retiennent le monde   Empêchant qu’il ne tombe.   Dans un cœur qui s’éteint   Et qui perd tout repère,   Dans un cœur qui étreint   Et deux bras qui attendent,   En rêve, juste en rêve,   Pour protéger du sort   Des douleurs lointaines   Comme un volcan se lève   Et crache son venin. »

Ici encore le caractère lyrique confère aux textes une simplicité touchante qui invite le lecteur au partage de l’expérience de l’écriture. Cela n’est pas un hasard si les exergues mettent en avant à maintes reprises Pierre Reverdy, dont une citation figure en épigraphe d’œuvre. Ce poète, sous l’égide duquel Annie Van de Vyver place son recueil et plusieurs de ses textes, n’a cessé de rechercher le chemin menant à une immanence dont il a voulu dévoiler les contours.

Lire Veilleuse fragile c’est être invité au partage. L’universalité des sentiments chantés et déclinés aux traits de pinceau de l’artiste n’a d’égal que la simplicité unifiante de ce recueil. Mais c’est également être amené à se questionner encore et toujours sur la nature de l’Art. A n’en pas douter, et quel que soit le vecteur employé pour y parvenir ainsi que les modalités de ses infinies déclinaisons, il y faut cette nécessaire et absolue  place à l’humanité.

 
 

1 décembre 2013

Mécénat, philanthropie et ce genre de belles choses

Classé dans : Divers & Retours critiques — bernardlherbier @ 20 h 46 min

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27 octobre 2013

Retours :

Classé dans : Divers & Retours critiques — bernardlherbier @ 18 h 37 min

* « Bagarre ! » par Aléric de Gans, chronique de PAUL JULLIEN.

« Il y a dans Bagarre un vrai côté houellebecquien avec ce sens de la justesse bien sentie du peu, presque du pauvre. L’émotion est là, et le frisson, et la mélancolie profonde… vraiment contemporaine. Générationnelle. C’est presque de la poésie. C’est même de la poésie. Pas le spleen mais le vide, le pur vide. On reprochera peut-être à ce livre, mais j’ai des doutes, de ne pas savoir où nous emmène l’auteur avec cet OVNI, mais tout à la fois, c’est bien ça qui en sourd : l’absence d’orientation, le sifflement d’un horizon, un horizon qui s’étend, s’étend, comme une tâche, à la montagne morte dans le dos, cet avenir plat de la ville, une hauteur que nul étage ne peut remplacer : c’est là quelque chose du très mineur de la littérature dont parle Deleuze à propos de Kafka. De la destruction des hiérarchies. Et les acouphènes dont est pris le narrateur, le bruit insoutenable de la perte. C’est un livre, oui, un livre de ces hommes qui sont descendus de la montagne dans ce temps zaratoustrien de la première descente, celle trop précoce où ils s’engagèrent à prêcher dans le désert de la pensée collective son ébahissement, sa souffrance, ses leçons. Nulle réponse que les voix de la politique et du gros animal social en échos de la chute. Et puis tout à coup, ces sages décident de remonter à la montagne mais ne la trouvent point, ils sont perdus dans cette France du vide, le château de l’âme effondré dont ils souffrent la perte tout en sachant que sur ces ruines peuvent naître les renouveaux. Ce livre, il me semble, dessine une page qui attend le sens et le signe de l’oeuvre d’après. Le sage du XXIème siècle est à l’oeuvre. »

_____________________

* « Crucifier son futur… » par Vincent, chronique sur le site Le bal des poupons à corps souple.
http://le-bal-des-poupons.blogspot.fr/2013/10/crucifier-son-futur-sur-une-porte-de.html

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J’ai ouvert « crucifier son futur » un matin, je n’étais pas de bonne humeur, une journée maussade en perspective. Je laisse la préface pour la fin, comme toujours, pour la découverte innocente. Premier poème : « Jetez vos poèmes d’amour et glissez vos petites culottes dans l’enveloppe. » J’ai eu comme une furieuse envie de balancer le bouquin contre le mur. Du genre  pour qui il se prend lui ?  Mais je savais pour qui il se prenait, j’avais déjà lu quelques poèmes de lui, alors je ne l’ai pas fait et j’ai avancé rageuse, dans les vers du recueil de Vincent, sans pouvoir décrocher et j’ai arrêté de compter mes états. L’auteur ne cesse de nous balloter dans des paradoxes : rage de vie et tentation de la mort,  nostalgie de la passion et vide affectif, volonté et désespoir. Pour ce faire, Vincent a la langue crue, violente, sans détour et cynique d’un homme qui se dit vide de sentiments. Il nous parle mal, il met sa laideur et son immoralité en scène. Mais quand on ferme le bouquin, il reste et plane la beauté d’une gueule cassée par un cœur, indomptable, ravagé par les passions anciennes de l’amour, et les nouvelles : luxure, alcool et solitude. Il manie le vers court et long avec une belle dextérité et réussit ce coup de maître de nous faire croire que le poème est balancé au fil de la pensée, comme un premier jet.  Il joue avec la beauté de l’image toujours sur le fil de la laideur, un mélange subtil et intense que j’appelle sublime. Chaque page de « crucifier son futur » est une surprise renouvelée et jamais gratuite. Et le tout est d’une humanité déconcertante. J’ai finalement eu une belle journée._________________

 

 

4 octobre 2012

Liens :

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