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« Nature morte au cinéma & autres textes » [Disponible]

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LE CINEMA COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS LU…

« Nature morte au cinéma & autres textes » par Jacques Sicard.

ISBN : 9782353212392

ISSN : en cours d’attribution

{Collection « Lampe sourde », sous la direction d’Annie Van de Vyver}

235 pages, format 13×20, 16 € port inclus .

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Commandes :  mail précisant une adresse de livraison à  : blchimeres84@gmail.com

  __________  JACQUES SICARD :

* “Ciné-poèmes” |publie.net, sous la direction de François Bon, 2008.

* “Films en prose” |Éditions de La Barque, 2013.

* « Manière noire », en collaboration avec le peintre graveur Jean-Pierre Maltese, 2013.

◦ Revues littéraires, papier ou numériques – liste non exhaustive – : Népenthès, Rehauts, The Black Herald, Le Zaporogue, Verso (J. Sicard figure au comité de rédaction depuis 2008), Diérèse, Hippocampe, Place de la Sorbonne, La Barque, Thauma, Résonance Générale, Passages à l’act, Midi, Mercure liquide, Concerto pour marées et silence, Le Nouveau recueil, Cinématique, Temporel, Incertain regard, remue.net, Les Cahiers du Cinéma, La Lettre du Cinéma, Stardust memories.

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Extraits

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[Variations sur « La Jetée » de Chris Marker : extraits]

La pensée, c’est la hantise. Parce que la pensée oscille de l’entre-temps à l’intervalle. Et que les états intermédiaires sont le séjour électif des fantômes. La chouette-effraie vit sous les combles des ruines – les fantômes hantent les portes dérobées, la césure de l’ancienne poésie, les moments nuls des vies, le non-lieu où se conjoignent “la mer allée au soleil”, avant que le tout ne se change en carcérale éternité. C’est pourquoi, la seule image mouvante de La Jetée, où une belle endormie sourit au personnage, aux spectateurs, à l’innombrable personne, étant sise tout au fond du plan médian de la séquence et du film, tout au fond du plan qui est aussi un pli, pli qu’élisent les fantômes parce qu’il ressemble aux lourdes tentures damassées qui masquent un escalier noir – c’est pourquoi, la seule image mouvante de La Jetée est ni plus ni moins que le passage, la visitation impie de la pensée.

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Partir d’un lieu commun : une image de cinéma, c’est du temps par le mouvement. Disposition qui appelle d’autres images. Que ce mouvement vienne à manquer et l’image est seule. Et la solitude, c’est de l’espace. La solitude, c’est de l’espace sans compter, de l’espace à perte de vue. Avec pour mirage, le temps.

Et si Chris Marker, en n’utilisant dans La Jetée, à une notable exception près, que des images inanimées, avait cherché à créer une tension critique entre la spatialité du contenant et la temporalité de son contenu, entre la spatialité concrète du contenant et la temporalité romanesque de son contenu ?

Tension critique, parce que tension de division, de séparation : l’échec de la boucle temporelle sur le plan du récit exprimant alors d’une manière socialement acceptable ce qui se joue sur le plan de la structure, à savoir la fin de ce qui conditionne toute structure : l’éclatement du continuum espace/temps – la fin d’un monde.  

La souriante exception déjà évoquée – l’unique image animée, située précisément au mitan du film ? C’est le sourire de Méphisto.

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 L’ŒIL EST UN POINT DE VUE. S’il est un point de départ, l’anévrisme via la migraine ophtalmique le guette. S’il est un point de retrait, il passera par toutes les étapes qui mènent à l’amnésie rétrograde, au mou. L’œil est un point de vue. Il ne prend ni ne donne. Il photocopie ce qu’il veut de ce qui comme un nez curieux se colle un instant sur sa surface convexe et lisse d’agate. Bâtonnets et cônes reproduiront de la brocante réelle, la couleur, la forme, le détail susceptibles de satisfaire à l’illusion pressentie. Une image. Elle n’ira pas plus loin que cette géode naturelle. Pas plus loin qu’une photographie dans son cadre ne va sur le meuble pareil à tous, coudoyant d’autres photographies en une sorte de roman-photo que le sommeil d’un gros chat japonais protège des rayons du soleil.

la jetée

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 Morceaux de conversations avec Jean-Luc Godard / Alain Fleischer

Les formes de l’Art, dans leur beauté, toujours irréelle, dans leur vérité, toujours inquiétante, semblent sortir du creux des paumes couvert de poils de Dracula.

La monstruosité esthétique, Godard ne la rapporte pas au mal, qui est un artefact idéologique, ni à la mort, qui est un déficit neurovasculaire, mais à la pensée, qui est une suite de blessures.

 C’est le monde qui donne leur contenu aux pensées – mais un monde dissocié de lui-même dès que pensé. De là qu’un film de notre frontalier, et quoi qu’il soutienne, ne donne jamais l’impression de découvrir un fragment insoupçonné de réel, mais de voir une image comme tiers-espace/temps.

Une image comme meilleur des lieux parce qu’image de nulle part. Au sens strict : utopique. Utopique et surnuméraire. Tel que Godard se reconnaît, aujourd’hui ; lui, dont on apprend qu’il se rêva mathématicien. Mais tête d’œuf sans vitellus ni albumine. Tout au moins insuffisamment dotée. L’image est venue au temps de ce manque, elle fait la splendeur impossible de Vivre sa vie à Une catastrophe – il en a un sanglot.

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Autres textes : extraits

Erik Satie : il ouvre grand les battants des limbes afin que le froid gèle les âmes des enfants morts sans baptême, il soumet les vivants à une expérience de l’effacement inconnue jusque-là de l’humanité, il oblige à l’inverse les fossoyés à sautiller compulsivement sur leurs tibias blancs, il fait un doigt d’honneur césarien à la gidouille de dieu – il traverse la rue vieille à la verticale de laquelle le quatrième étage natal se jetait par la fenêtre, il en profite comme sur une flûte traversière pour sur une mèche de chevelure oranaise faire courir ses lèvres de jeunesse – enfin, il frappe au carreau du cerveau : “C’est moi, le merle noir, j’apporte le lendemain qui chante”… A-t-on jamais approché d’aussi près l’idéal ?

Y a-t-il quelque chose entre deux notes ? De même, y a-t-il quelque chose entre deux images et leur contenu qui se  suivent dans un film burlesque ? Musique et Burlesque : musique sur laquelle on chante et danse par une force d’inertie mourante et burlesque comme mouvement sans cause qui ne fait plus rire personne. Par suite, on peut se demander si les grandes figures burlesques furent des primitifs ou la première élaboration d’une post-humanité. Si certaines pièces de Satie sont écrites pour être jouées à quatre mains, c’est parce qu’à l’instar du personnage burlesque il n’est pas une pièce de lui qui dans l’exécution ne se dédouble : deux morceaux concomitants, chacun pris en charge par une main, ayant son, structure et sens tout différents ; et la pièce bifide consume son temps, également divisé, avec la brièveté qui sied (entre deux et six minutes), Satie est “homme” de secondes, il divise et réduit, rend méconnaissable : Nous voulons, nous aurons l’au-delà de nos jours.

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 Visage d’Archie Shepp en train de jouer du saxophone ténor : un instrument-monde à lui seul ce visage pour peu que l’instrument lui-même soit masqué par le cadrage comme c’est le cas parfois dans le film documentaire The Sound before the fury  : tantôt un front éléphantiasique, les joues tuberculeuses, les lèvres tournées vers les dents, sous l’œil exorbité, le nez sans narines de l’antique silhouette égyptienne ; tantôt, le front ligneux, les joues courbes de tourner dans leur propre ciel, les lèvres outrageusement pulpées soulignent l’œil qui scille, presque ophélien et que barre un nez dilaté de créature marine  ; l’instant d’après, le front proie d’une succion, les joues refluent en bourrelets vers les lèvres, fines-effilées à hauteur des yeux injectés de crainte qu’elles ne les percent, le nez a perdu tout cartilage et toute peau  ; à quoi succède un front lourd, de part et d’autre duquel les joues vibrent comme des rideaux de velours, les lèvres sont faites de dur métal strident, les yeux de justice n’oublient pas le solde de tout compte de la vengeance, nez hors la boue – Attica Blues. 

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Un commentaire

  1. bernardlherbier

    14 décembre 2013 à 17 h 09 min

    Plaisir et fierté de concevoir un écrin pour ces chroniques subtiles et singulières.
    Bernard J. Lherbier, pour Peigneurs de comètes.

    Dernière publication sur Maudits : Jacques Prevel (1915~1951)

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